Du contexte idéal pour conter (cercle de décembre dernier)

Depuis deux ans, le Cercle des conteurs des Cantons de l’est (dont j’ai le grand plaisir de faire partie) offre à ses membres une discussion thématique mensuelle.  En décembre dernier, nous étions peu nombreux, mais la discussion a porté sur un thème aussi délicat qu’important…  Suite à des expériences de contage difficiles, qu’est-ce qui fait que c’est plus ou moins facile de conter?  Quel est le contexte idéal?  La fée Mirage qui avait suggéré ce thème en a fait un résumé que je vous cite partiellement, avec son autorisation:

“Nous avons passé plus d’une heure à discuter…  On s’est demandé ce qui faisait en sorte qu’un contexte de conte était inapproprié; ce qui faisait justement qu’un contexte était approprié; ce qui était essentiel pour que ça fonctionne au minimum; quelles étaient les préférences de chacun.

La grande conclusion est que chaque conteur à sa propre sensibilité, ses propres talents, et donc ses propres prérequis.”

Pour votre humble serviteur, c’est important qu’il n’y ait pas trop de monde: 500 jeunes dans un gymnase, c’est non ! Il faut dire que je conte par plaisir, si le plaisir n’y est pas, je peux choisir de dire non.  Ce n’est pas le cas de conteurs qui doivent rapporter un chèque de paye à la maison…

Une participante a pour sa part établi un cadre dans lequel elle est à l’aise de conter et le rappelle souvent aux organisateurs des endroits où elle va pour s’assurer qu’il soit respecté. Elle aime prendre le temps de discuter avec les gens avant que le spectacle ne commence.

L’âge des jeunes à qui elle conte est un des facteurs importants. Tout comme pour un autre membre du Cercle d’ailleurs, qui lui préfère un public adulte.

“Les principaux éléments qui sont ressortis comme essentiels à une situation de contage idéale sont :

  • le contact intime,
  • l’ambiance d’écoute (pas de bruit et de va-et-vient),
  • la complicité avec les organisateurs,
  • le fait que le public soit averti qu’il y aura du conte et qu’il ait envie d’y être (public non contraint),
  • le décor (sobre, fond uni, mur derrière le conteur, etc.),
  • le contexte avant et après le conte,
  • la durée appropriée pour la situation,
  • la quantité d’alcool (mieux vaut conter en début de soirée!),
  • les codes du spectacle connus du public et respectés,
  • les collègues conteurs dans le cas d’un collectif,
  • l’âge du public,
  • sa propre attitude et envie d’être là.

Évidemment, l’importance de ces éléments varie de l’un à l’autre des conteurs ayant participé à la discussion!

Parmi ce qui fait dire « non » (refus de conter) aux gens qui étaient présents :

  • quand on sent que l’organisateur cherche un animateur plutôt qu’un conteur,
  • quand le contexte en est un qui favorise l’interaction entre les gens plutôt que l’écoute (retrouvailles, activités de réseautage, dîner, etc.),
  • quand le conteur n’est pas à l’aise avec le groupe d’âge proposé,
  • quand le thème demandé ne correspond pas du tout au répertoire du conteur.

Quelques trucs pour aider à gérer les contextes plus difficiles : 

  • avoir un petit kit comportant un rideau noir, une nappe noire, des petits projecteurs, un micro-casque et un ampli au cas où (dans monde idéal, mais les tissus noirs sauvent plusieurs situations embêtantes),
  • utiliser des formulettes d’entrée et de sortie du conte,
  • créer l’écoute à l’aide de contes courts, de devinettes ou autre paroles d’eau [référence aux soirées de contes africaines où les “paroles d’huile” (contes merveilleux) sont toujours précédées de “paroles d’eau” (plus légères)],
  • ne pas prendre pour acquis que les organisateurs connaissent nos préférences et les répéter deux fois plutôt qu’une,
  • savoir dire non quand ça paraît impossible (!) ou voué à l’échec.

Enfin, on a terminé cette discussion en nous racontant chacun nos plus beaux et nos pires moments. ”

Qu’est-ce que j’aime faire partie de cette belle bande de fous!

 

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