Les billets non-écrits de 2013

Afin de débuter 2014 du bon pied, j’éprouve le besoin de vider ma mémoire de tous les billets que j’aurais aimé écrire en 2013, mais n’ai pas écrit faute de temps, par pudeur, paresse ou par souci de circonspection. C’est aussi une occasion de bilan par ce qui n’a pas été rendu public jusqu’ici. Ce n’est pas forcément intéressant pour les lecteurs, j’en conviens.  D’un autre côté, c’est peut-être l’occasion de vous manifester: y’a-t-il un ou l’autre de ces billets hypothétiques que vous auriez particulièrement aimé lire?

Pour moi, 2013 aura été une occasion de me recentrer sur la place que je voulais qu’occupe le conte dans ma vie.  Je suis père d’une jeune famille et j’ai un emploi à temps plein. Cela m’amène à limiter le temps que je passe hors du foyer pour les miens et pour mon équilibre personnel.  J’admire les conteurs qui quittent leurs foyers pour faire de la tournée, mais je m’aperçois bien que ce n’est pas pour moi.  D’une part, le conte n’est pas une source de revenus significative pour moi. D’autre part, si j’aime conter en public pour partager mes histoires, la satisfaction que j’en retire est inférieure à celle de fréquenter les contes et les conteurs.  Cependant, le milieu du conte me donne accès à une richesse de rencontres et de contacts à laquelle j’aurais peine à accéder autrement….  Par conséquent:

  • J’ai envie de partager tout ce que j’ai appris sur l’art du conte depuis dix ans que je lis et réfléchis sur le sujet.  Toutefois, mes tentatives pour donner formations et conférences cette année n’ont pas porté fruits pour diverses raisons.  Dans un cas, un cours a été offert, mais pas donné faute d’inscriptions.  Dans un autre, on m’a sollicité pour donner des conférences, mais on ne m’a expliqué pourquoi ma proposition n’avait pas été retenue.  J’avoue en avoir été très déçu et avoir eu peine à trouver mes repères suite à différents échecs.
  • Après une saison à la barre des Contes de la Mare à titre d’organisateur, j’ai choisi de passer le flambeau dès les mois de mars-avril.  Si bâtir une programmation et choisir les conteuses et conteurs que l’on veut faire entendre à son public est un plaisir, il est devenu clair pour moi que le stress de se demander si les spectateurs seraient au rendez-vous m’empoisonnait la vie.  Cette expérience m’a tout de même donné une perspective unique sur la diffusion du conte hors festival.  Un jour, je partagerai ce que j’y ai appris…
  • Le Cercle des conteurs des Cantons de l’Est s’est réorganisé en juin 2013.  Maintenant, non seulement chaque rencontre est-elle animée par un conteur différent, mais nos rendez-vous mensuels mettent chaque fois l’accent sur une thématique différente: trucs de mémorisation, contes de peur, engagement, dialogues, voix, etc.  Il en résulte une meilleure participation et des échanges enrichissants que tous semblent apprécier. Du coup, on passe un peu moins de temps à organiser et un peu plus à réfléchir sur notre pratique.  J’ai compris que j’avais encore un rôle à jouer en m’impliquant localement.
  • En août, je suis retourné au colloque de Storytellers of Canada qui avait lieu à Ottawa cette année.  Après mon expérience montréalaise, mes attentes étaient très hautes et elles ont partiellement été déçues.  Il est vrai que je n’ai pas pu y participer autant que l’année précédente. J’ai eu plaisir à revoir les gens (notamment à réentendre la sagesse de la grande Jan Andrews), mais j’ai une fois de plus pris la mesure de tout ce qui nous sépare des conteurs canadiens-anglais.
  • En septembre, un débat sur qui fait ou ne fait pas du conte a fait couler pas mal d’encre virtuelle sur le site de l’auteur et conteur Alexandre Gauthier.  Je n’ai évidemment pas pu résister à y mettre mon grain de sel.
  • En octobre, j’ai suivi avec attention la merveilleuse odyssée des Semeurs de contes, partis à pied de Montréal pour se rendre à Québec en collectant et racontant au quotidien.  Il me semble qu’on se rapproche des sources de ce qui fait du conte un art de relation dans la légèreté du dispositif.  Le détail du voyage a été consigné sur leur blogue, mais j’aime bien cette vidéo résumant l’expérience d’Alice Abélia, une conteuse française du Languedoc s’étant joint à l’expédition avec ses six comparses québécois.  L’aventure est comparable à la Marche des conteurs française, bien qu’assez différente sous plusieurs aspects.
  • Outre les quelques textes périphériques publiés ici, j’ai peu témoigné de cette 21e édition du Festival Les jours sont contés en Estrie (dont on peut voir des photos ici).  Celui-ci marquait un changement de garde, alors que la Fée-marraine a donné le témoin aux fées Mirage, à la direction générale, et Songe, à la direction artistique.  Plusieurs très beaux moments, notamment avec de nouveaux visages féminins: Ivan Coyote, Colette Migné, Marta Singh, Myriam Pellicane, Catherine Gaillard, etc.
  • En novembre, j’ai animé une Veillée des pionniers à la Mare au diable.  Une manière pour moi de tracer un lien entre les conteurs et conteuses qui créèrent le Cercle des Cantons de l’est et ceux qui l’animent actuellement.  Ce fût une bien belle soirée tant pour les étoiles dans les yeux des conteurs que celles dans les yeux des membres du public.  J’ai pu confirmer à quelle point ces voix font désormais partie de moi.
  • Enfin, en décembre, juste avant la fin de l’année, le conteur André Lemelin nous a fait le cadeau d’un brûlot dont lui seul a le secret.  André nous avait déjà gratifier de textes assez lapidaires sur la nature du contage et sur le conte humoristique à la Fred Pellerin. Voilà qu’il récidive avec un texte sur [L]es petits comédiens et le conte (page 9 du bulletin du RCQ de décembre).  Je réagirai sans doute en temps et lieu, mais je tenais à souligner cette contribution particulièrement venimeuse, quoique sans doute assez juste.

Ouf!  Voilà!  Manque de temps? Pudeur? Paresse? Souci de circonspection, hein?  Que 2013 finisse.  Bonne année 2014 vers de nouvelles aventures contées…

 

6 pensées sur “Les billets non-écrits de 2013”

  1. Belle année 2014 à toi cher J-S !
    ton 2013 a été bien rempli… Je tâcherai de me faire moins rare sur cette toile – que je n’ai, l’an passé, que trop peu fréquentée à mon goût (pour tout un tas de mauvaises raisons…).
    Un petit mot sur les articles d’André Lemelin: Pas si venimeux que cela, du moins à mon sens (j’ai l’impression qu’on a coutume de supporter, chez moi, des doses de venin plus fortes, mais c’est peut-être un préjugé de maudite française, va savoir… 😉 Ou alors c’est pas la même molécule.). Polémiques, certes, un brin piquants, sans doute. De quoi mettre, c’est certain, quelques coups de pieds dans la fourmilière. Mais il faut bien que le conte reste vivant, et la vie, c’est le mouvement, non ? Alors bougeons… Du sol au plafond !
    C’est ce que je souhaite à tous-toutes pour 2014.
    à bientôt !
    Alice

  2. J’avais oublié deux autres événements de 2013 qui auraient certainement mérité des billets:

    a) La formation “Collecte de mémoires orales” suivie à la Maison des arts de la parole en février et mars 2013 avec la comédienne et conteuse Isabelle Gosselin. En trois jours, un petit aperçu des exigences requises afin de ne pas faire ce travail n’importe comment, mais dans le respect de ceux et celles qui nous confient leurs souvenirs ou leurs expériences.

    b) Le décès de la conteuse Mimi Barthélémy le 27 avril 2013. Je ne l’avais pas connu personnellement, mais j’avais l’un de ses disques qui comportait un magnifique exemple de conte de randonnée: “La randonnée de la dame aux pois”. J’ai ressenti le deuil de toute la communauté conteuse, en plus de celui de la communauté haïtienne et créole.

    1. Oh ! J’ignorais totalement le décès de Mimi Barthélémy… Quelle tristesse !
      C’est, à bien des égards, l’une des personnes qui m’ont le plus touchée dans le monde du conte et du spectacle en général. J’ai assisté deux-trois fois à ses spectacles, à Rennes, il y a bien 15 ans. Une énergie incroyable ! Toujours en mouvement et en dialogue avec les gens. C’était si vivant ! C’était aussi la première fois que j’entendais du conte créole et des “Yéééé… Cric ! Yéééé… Crac !”. Une bondissante petite dame aux cheveux gris, aux pieds nus et aux yeux verts… Tout un monde d’images.

  3. Merci pour le lien vers la vidéo d’Alice Abélia!
    C’est décidément une belle expérience: est-ce que le cercle fera venir finalement ces semeurs de contes?
    J’ai une question pour toi: je réfléchis au positionnement artistique du conteur: artiste qui cherche, qui trouve, qui transforme et qui transmet. Comment avancer dans cette démarche là (et l’assumer)? as-tu des réflexions sur ce sujet (vaste, je l’admet!)?

  4. Bonjour, je viens de découvrir votre blog. Je suis ravie de lire que ma vidéo sur l’aventure des Semeurs de Contes vous a plu car mon but était de partager les belles rencontres que j’ai faites tout au long de cette marche le long du fleuve Saint Laurent. J’en ai tiré un spectacle plein d’humanité qui s’appelle “Semeuse de contes en terre québécoise” qui raconte à la fois ces rencontres et la collecte que j’ai faite spontanément sur le bord du chemin. Je me souviendrai longtemps de ces personnes attachantes qui m’ont confié leurs souvenirs des contes et légendes de leur enfance et parfois accueillie chez eux ! À une prochaine peut être sur les chemins du conte…

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