La famille

Ça a été ma révélation de cette 20e édition du Festival Les jours sont contés en Estrie: mon rapport à ces conteurs et conteuses d’outremer et d’ici qui nous rendent visite une ou deux fois par année, une fois aux deux, trois ans, est devenu familial.

Réentendre Guth Desprèz, Mike Burns, Jihad Darwiche, Michel Hindenoch, Marc Aubaret, Dan Yashinsky, Stéphanie Bénéteau, Nadine Walsh, Joujou Turenne, etc. c’est vibrer de nouveau à une parole connue, des intonations chaleureuses, confortables.  C’est me laisser bercer à leur manière d’être, de se tenir, de bouger.  À la limite, ce qu’ils racontent a peu d’importance… (mais, bien sûr, le fait que ce soit des histoires connues, des motifs séculaires, participe de cette impression de familiarité).  Les serrer dans mes bras, les embrasser, c’est retrouver des odeurs, des silhouettes familières, une corporalité où je suis comme en proximité de coeur.

(Je pense à Guth dont j’ai découvert avec tendresse qu’il me rappelle mon grand-père maternel, parti y’a déjà longtemps…)

À ma fée-marraine qui me disait combien nous étions chanceux d’avoir développé des amitiés si riches au fil des années, j’ai dû répondre que dans mon cas il ne s’agissait pas d’amitiés.  Malgré tout, je connais trop peu ces gens, dont plusieurs ont été mes mentors, mes guides, mes compagnons d’arme.  Je sais qu’il s’agit de personnes d’une humanité exceptionnelle, mais je ne suis pas capable de sonder leurs sentiments… (quoique je me sente toujours accueilli auprès d’eux) et je n’en ai pas vraiment de besoin.  L’amitié, pour moi, est davantage bilatérale… suppose des liens d’échanges et de partage sur une base plus régulière.  Je considère certains membres du Cercle des conteurs local comme mes amis, plus ou moins proches.  Mais ces artistes-visiteurs, c’est autre chose.

Non, ces conteurs et conteuses retrouvés au Festival sont des oncles, des tantes et de nombreux cousins et cousines dans le conte (revoir Illia Castro, Jacques Falquet, Isabelle Bouchex, Layla Darwiche – la fille de mon oncle doit bien être ma cousine, non?).  Des êtres que j’admire et dont le seul fait de savoir qu’ils sont présents, quelque part dans le monde, à faire vibrer et bercer d’autres oreilles et d’autres coeurs, me rassure.  Mon rapport est devenu filial.  Je suis de cette lignée de mots, j’ai été fait de ces façons de raconter.  Cette tribu fait partie de mon identité artistique.

Il reste une pudeur avec certains (Jocelyn, Faubert, etc.) si grands et si discrets… Elle est comparable à mes parents du Bas-du-fleuve qui observent plus qu’ils ne causent, mais dont l’oeil brille toujours.

Ça a aussi été l’occasion d’amener nos enfants voir davantage de spectacles de contes et d’en parler avec eux, d’être ébloui par ma douce qui est allé voir plus de spectacles que jamais (le budget de gardiennage a explosé, mais ça en valait le coup!).  Quand on fait partie d’une famille, on est heureux de présenter sa conjointe et ses petits à la parenté…

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Et puis, avec Boucles d’or, Ours insolite et Ours cordial, nous avons présenté notre spectacle Les uns et les ours et ça été joie que de prendre la parole à mon tour, de participer à la vie de cette famille.  De recevoir des commentaires élogieux, plusieurs soirs de suite après le spectacle, ça fait un velours…

Je pense avoir fait honneur à Jean de l’ours.  Toutefois, on m’a fait remarqué que j’étais encore un peu sur mes gardes…  Trop admiratif et petit devant ces géants, héros de mes histoires.  J’ai eu l’impression aussi de me regarder un peu conter, d’être trop préoccupé par ma façon de me tenir, les mots que je choisissais, etc.  Me reste donc à prendre de l’aisance, à habiter ce conte de tout ce qu’il y a de géant en moi…  Marc Aubaret qui le conte bien depuis vingt ans m’a pourtant dit que ça y était; que j’étais en chemin avec ce conte qui me travaillerait pour le reste de ma vie… Et que lui ne conte jamais exactement de la même manière!

Ma plus grande satisfaction a été que l’on nous complimente sur l’unité du spectacle, à laquelle nous avions porté une attention particulière.  Si nous pouvions seulement le refaire une fois ou deux pour avoir des comparatifs et apporter encore quelques améliorations…  Des preneurs ?

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Le Festival s’est terminé.  La parenté est repartie.  La fête est finie.

Mais on se dit déjà à la prochaine.  Avec la fée-marraine qui passe peu à peu le flambeau aux fées Mirage et Songe, la famille se transforme et se réincarne.  C’est vivant.

Tout comme le conte.

1 pensée sur “La famille”

  1. Oh que c’est bien dit, tout ça! Merci Jean-Sébastien pour ces images d’un festival en famille, avec le plaisir essentiel et nourrissant de se retrouver, de se reconnaître, au-delà des différences, et même si “dans la vraie vie” on ne se connaît pas tant que ça. C’est aussi et surtout ça, la magie du conte : le lien humain qu’il permet. Longue vie aux uns et aux ours… et aux fées. (Laquelle est Mirage et laquelle est Songe?!)

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