La difficile quête des contes de Noël

Difficile de trouver des contes de Noël intéressants, assez passionnants pour les raconter.  Pourtant, voilà bien un rayon où il y a de la demande…  Le public est friand d’entendre des histoires dans le temps des fêtes.  Les conteurs et conteuses ont tout intérêt a en avoir quelques uns dans leurs besaces.  Une difficulté s’ajoute : Ce ne sont pas des contes que l’on raconte souvent…

Une fois que l’on a fait le tour des classiques de Beaugrand (« Chasse-galerie », « Fantôme de l’avare »; bon, ces deux derniers se passent au jour de l’an, mais que cela ne nous arrête pas…), d’Andersen (« Petite fille aux allumettes »), de Dickens (« Cantique de Noël »; Scrooge et les fameux trois fantômes), de Van Dyke (« Quatrième roi mage »), il reste moins de choix…

J’oublie probablement d’autres « récits fondateurs » de ce solstice hivernal, mais vous comprenez l’idée : il faut ramer pour se bâtir un répertoire original et apprécié.  Les récits autour de Noël ont été particulièrement christianisés, rendus moralisateurs, ce qui ne correspond pas toujours aux sensibilités contemporaines…  

Quant aux contes de Noël « actuels » destinés aux enfants, ils sont le plus souvent d’une pauvreté navrante: « Le père Noël à la plage », « Rudolph s’est perdu », « Le Noël du koala », etc.  Au secours!  N’en jetez plus, la cour est pleine!  Noël a sa propre mystique, une couleur propre pas évidente à retrouver.  Pourtant combien d’auteurs jeunesse s’y essayent encore ?

Selon moi, différentes solutions s’offrent donc au conteur qui veut enrichir son répertoire « noëlien» :

    1. Écrire son propre conte de Noël : Bonne chance !  Tant a été écrit, difficile de renouveler le genre… Même dans ce que j’appellerais le régistre “anti-Noël” trash, il commence à y avoir foule avec les Contes urbains et autres.  Oui, Noël peut être pénible, vus la solitude, la surconsommation qui côtoie la pauvreté, les chicanes de famille.  Ça va, on a compris.  Et c’est bien, voire essentiel, qu’il y ait aussi ce contre-pied.Mais comment retrouver la magie, la pureté, la candeur dans le cynisme ambiant ?  Et le dire autrement, dans des images et des mots qui touchent aujourd’hui ? Sans mièvrerie? Ça c’est un défi !  De beaux récits se font encore pourtant (par exemple ce conte de Faubert  ciselé comme un bijou et paru en 2006).  Puiser dans les souvenirs d’enfance ou d’antan est une avenue prometteuse, à condition de ne pas abuser de nostalgie sirupeuse.
    2. “Noëliser” un autre conte : Hon! Osera-t-on ?  Pourquoi pas ?  Pour paraphraser un vieux monologue de Michel Rivard, « Ti-Jean était tellement pauvre…  Il était pauvre…  Il était pauvre aussi à Noël! »  Des histoires d’inconnus qui surviennent pour demander l’hospitalité dans la tempête, il y en a quelques unes dans le folklore québécois.  Et si c’était la nuit de Noël ?  L’intérêt de ce procédé, c’est que le conte appris peut aussi servir le reste de l’année…  Ce qui n’est pas négligeable
    3. Étirer une légende : Il faut chercher, on n’en sort pas.  Sur Internet, bien sûr (et là, y’a du bon comme de la m…), mais aussi dans les livres…  Vous savez, ce qu’on faisait avant le Web ?  Il y a de très jolies légendes autour de Noël, la bûche, le sapin, la nativité, les animaux qui parlent, etc. mais elles sont courtes, pas vraiment de quoi raconter dix ou vingt minutes.  Alors, il faut les étirer, personnage principal, début, milieu, fin.  Ou encore faire du collage, mais en évitant la courte-pointe.Avec cette option, les Noëls d’ailleurs peuvent être inspirants : raconter la Befana italienne, le Saint-Nicolas, le Christkindl autrichien ou le Jultomten suédois. Pourquoi il n’y en aurait que pour le gros Santa Claus rouge, version Coca-Cola ? En plus, ça donne une dimension pédagogique… Dans la « matière de Bretagne », on trouve aussi de quoi faire : korrigans, menhirs qui vont boire à la rivière, trésors de Noël, Ankou qui passe à la fin de l’année… Le double intérêt, c’est que l’on a affaire à des contes de Noël avec des frissons en boni. Le père Fouettard ou Black Peter, quelqu’un ?

Bref, bonne quête de contes !  Et de joyeuses fêtes !

2 pensées sur “La difficile quête des contes de Noël”

  1. Merci pour le si beau conte de Michel Faubert. J’en ai commis un, il y a quelques année, sur le patineur magique que nous a apporté la grande tempête de verglas, et qui ne nous a plus quittés.
    Meilleurs vœux et au plaisir.

Laisser un commentaire